Projet scientifique · Gabon

Recherches archéologiques dans la Dola

Ndendé et ses environs : documenter les occupations humaines, les paysages anciens et le patrimoine archéologique du sud du Gabon.

1946 Premières récoltes mentionnées près de Ndendé
1984 Prospections archéologiques au Lac Noir
MSA · LSA Deux grandes séquences préhistoriques étudiées
2 phases Prospections, puis fouilles archéologiques

Cadre historique

Introduction

Ndendé est connue depuis longtemps sur le plan archéologique. En 1946, le Français G. de Beauchêne, du Musée de l’Homme de Paris, et le Norvégien E. Hinsch récoltent, dans la grotte dite de « l’ancien four à chaux Stalon », à 25 km de Ndendé, une vingtaine de petites lames en silex noir, partiellement retouchées ou reprises en grattoirs.

En 1984, une équipe du Laboratoire national d’archéologie de l’Université Omar Bongo, conduite par Michel Locko, prospecte la ville de Ndendé et ses environs. Elle découvre des éclats, des nucléus et des fragments de galets sur le site du Lac Noir de Ndendé. Bien conservé, celui-ci se distingue par sa richesse archéologique et par une très forte densité d’objets au mètre carré.

Contexte scientifique

Justification du projet

Les découvertes réalisées depuis 1946 suggèrent une occupation humaine ancienne et durable du département de la Dola, depuis la Préhistoire jusqu’aux périodes les plus récentes.

Les programmes de recherche entrepris dans les années 1980 ont mis en évidence une présence humaine continue. Sur la rive orientale du Lac Noir de Ndendé, à environ 75 km de Mouila, des indices attribués au Middle Stone Age (MSA, Âge moyen de la Pierre) ont été signalés. Le Laboratoire d’archéologie de l’Université Omar Bongo y a observé une industrie lithique associée à une stone-line de gravillons ferrugineux, enfouie sous plus d’un mètre d’argiles sableuses jaunes (Locko, 1988).

La position pédologique de ces objets a été rapprochée de configurations signalées au Gabon et au Congo. Les travaux mentionnés de G. Mortelmans et R. Monteyne (1962), ainsi que ceux de R. Lanfranchi, ont conduit les chercheurs à envisager une ancienneté supérieure à 40 000 BP pour certaines formations comparables. L’industrie de Ndendé, composée notamment d’éclats et de nucléus en jaspe noir, silex blanc et quartz, paraît répartie sur au moins trois niveaux archéologiques.

Le potentiel scientifique de Ndendé réside autant dans la profondeur chronologique des occupations que dans la densité des vestiges et la diversité des matières premières exploitées.

À une trentaine de kilomètres de Ndendé, près de la frontière avec le Congo, le site paléolithique de Moukoro I a été découvert en décembre 1988 par l’équipe du Laboratoire d’archéologie de l’UOB. Les nucléus et éclats stratifiés dans la stone-line présentent des affinités avec les niveaux MSA de Ndendé, malgré des différences dans les matières premières utilisées.

Sur la rive occidentale du Lac Noir, les indices d’une longue occupation par des populations du Later Stone Age (LSA, Âge récent de la Pierre) remontent, selon les datations mentionnées dans le document initial, aux environs du VIIe millénaire avant notre ère. La date la plus récente citée, 2640 avant notre ère, se situe encore au IIIe millénaire. Les assemblages comprennent surtout des éclats, des nucléus et des fragments de galets en quartz, jaspe noir, schiste et silex. Leur densité atteindrait au moins 500 objets par mètre carré.

Des restes botaniques carbonisés, dont des noix de palme, ont également été recueillis dans les niveaux attribués au VIe millénaire, suggérant un milieu forestier. Des fragments d’ocre rouge ouvrent par ailleurs des perspectives sur les pratiques symboliques ou corporelles des populations préhistoriques.

Le document initial présente Ndendé comme l’un des sites anciens du LSA et évoque un paysage alors plus boisé qu’aujourd’hui, où la savane herbeuse était néanmoins présente. Aucun reste osseux animal n’y était signalé, mais la région pouvait abriter une faune comprenant notamment buffles, éléphants et antilopes.

Au regard de ces données, Ndendé constitue un territoire essentiel pour étudier les relations entre occupations humaines, évolution des paysages et dynamiques culturelles. Les recherches sporadiques, interrompues depuis 1987, méritent donc d’être reprises dans un programme cohérent et durable.

Programme de recherche

Objectifs du projet

Un programme intégré associant inventaire, terrain, analyse, conservation, formation et diffusion scientifique.

Collections existantes

Recenser les collections archéologiques publiques et privées conservées dans la région ou hors de celle-ci.

Prospections et fouilles

Entreprendre une campagne de prospection et de fouilles archéologiques dans Ndendé et ses environs.

Inventaire des sites

Recenser les sites archéologiques, préciser leur état de conservation et évaluer leur potentiel scientifique.

Occupation humaine

Réfléchir aux conditions et aux modalités de l’occupation humaine dans le département de la Dola.

Installations anciennes

Identifier, dater et étudier les installations temporaires aussi bien que les occupations permanentes.

Paléoenvironnement

Reconstituer les paysages anciens et analyser les interactions entre les sociétés humaines et leurs milieux.

Filiations culturelles

Préciser les filiations, les continuités et les transformations culturelles des populations étudiées.

Carte archéologique

Établir une cartographie archéologique de la région, structurée et actualisable.

Chantier-école

Faire du Lac Noir de Ndendé un chantier-école pour la filière Archéologie de l’Université Omar Bongo.

Visibilité internationale

Redonner à l’archéologie de Ndendé une visibilité scientifique internationale et attirer des collaborations étrangères.

Base de données

Constituer une base de données importante et pérenne sur les vestiges archéologiques de la Dola.

Publication

Publier les résultats dans un ouvrage de synthèse afin de promouvoir l’histoire de la Dola.

Méthodologie

Planification des travaux

Le programme de terrain s’organise en deux phases complémentaires, précédées d’une préparation documentaire et institutionnelle.

Enquête orale et prospections

Informer les autorités locales, consulter les communautés, identifier les lieux de mémoire et les zones susceptibles de conserver des vestiges : grottes, carrières, rivières, lacs et anciens villages.

Fouilles archéologiques

Évaluer les sites retenus, documenter leur stratigraphie, recueillir les vestiges dans leur contexte et constituer des séries adaptées aux analyses chronologiques, technologiques et environnementales.

Avant la prospection, une enquête orale devra permettre de présenter le projet aux autorités locales — maire, chefs de quartiers et chefs de village — et de recueillir les connaissances des populations sur les lieux interdits ou susceptibles de receler des vestiges. Des photographies et des objets archéologiques pourront être utilisés comme supports de médiation.

Une étude aussi exhaustive que possible des ressources disponibles complétera cette démarche : publications historiques et archéologiques, travaux géologiques, témoignages, archives, inventaires de sites et plans cadastraux. Cette préparation est indispensable pour mieux maîtriser le terrain et orienter les opérations de prospection.

Production scientifique

Résultats et diffusion

Les travaux doivent aboutir à des outils de recherche pérennes, à une meilleure compréhension des sociétés anciennes et à une diffusion progressive des résultats.

Base de données archéologique
Cartographie des sites
Modélisation de l’occupation
Définition des cultures et sociétés
Évolution culturelle régionale

Les résultats seront communiqués progressivement par une cellule de valorisation de l’information scientifique mise en place avec le mécène. La diffusion reposera sur des conférences, des séminaires organisés à Libreville et à Ndendé, des publications scientifiques et des outils numériques. Au terme du programme, un ouvrage de synthèse consacré à l’histoire de la Dola est prévu.

Institutions partenaires

Équipe scientifique

Laboratoire national d’archéologie (LANA) et Laboratoire d’archéologie préhistorique et protohistorique (LABARC).

Sous la direction de

  • Dr Jean-Louis Boussougou Université Omar Bongo (UOB)
  • Dr Clarpin Féréole Moussounda Université Omar Bongo (UOB)
  • Dr Martial Matoumba Institut de recherche en sciences humaines (IRSH)